OPINION

Afrique, prends place au rebattage des cartes du monde (Par Michel Mboungou-Kiongo)

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Au regard des évènements en cours au niveau mondial, le grand chambardement qui se profile à l’horizon, concerne tous les domaines d’activités. Et celui des médias, tous formats concernés, est aux premières lignes. Pour exemple, le traitement de l’information dans la crise militaro-diplomatique déclenchée jeudi dernier, 24 février 2022, interpelle tout observateur averti de la scène des actualités mondiales.

Cela n’aura échappé à personne de constater que les organes de presse, gouvernementaux ou privés, se livrent à une course à l’échalote qui les pousse, de plus en plus, à la lisière de la propagande d’un camp ou de l’autre, selon les lignes de démarcation des pays d’origine.

À noter que, même si la guerre entre la Russie et l’Ukraine, lui a ravi l’exposition médiatique, disons-le net, la grosse enflure de la mascarade médiatique Internationale, aura été le traitement dit « médiatique » de la « pandémie » du Covid-19.

Le monde qui n’en était qu’au seuil de la porte de sortie d’une prison psychologique à ciel ouvert et sans murs physiques, le voilà qui y retourne, en courant, pour réintégrer le labyrinthe de la peur provoquée par le spectre d’une 3ème guerre mondiale.

À bien examiner le fonctionnement des relations internationales, l’ONU n’a pas réussi à « enchaîner » les vieux démons de la division du monde en blocs idéologique et militariste. Loin s’en faut. Car ils sont de plus teigneux, parce que, « alimentés » par l’usage, à bon ou mauvais escient, des trouvailles de plus en plus sophistiquées dans le monde des sciences et des technologies en tous genres.

Et, dans le domaine des médias, s’il y a un indicateur pertinent de ce hold-up mondial, c’est bien entendu la manière dont sont traitées les actualités à travers les médias du monde entier. Bien malin, celui (ou celle) qui cernerait, correctement, une ligne éditoriale d’un média * « main stream », autrement dit, média classique, le mettant à l’abri de soupçon d’impartialité.

Surtout à l’heure des réseaux sociaux qui gagnent de plus en plus de pouvoir en se positionnant comme médias alternatifs, traduisant de mieux en mieux, semble-t-il, le concept de « démocratie sociale » au sein des opinions publiques. En observant ce phénomène social, qui est devenu sociétal, les médias sociaux parviennent, désormais, à faire le contrepoids des médias classiques dans la perception, que les opinions publiques se font du traitement de l’information.

Cependant, cette déferlante de la « démocratie sociale » dans la capture, le traitement et la diffusion de l’information, ne manque pas de soulever et de souligner, avec force, la problématique du professionnalisme dans ce secteur qui, très souvent, se brûle les ailes de la liberté d’expression, au flirt incestueux avec la politique et la finance. Alors, est-ce à dire que la collecte, le traitement et la diffusion des faits de société n’incomberaient plus aux professionnels de ce secteur ?

Le journalisme ne serait-il plus un métier qui s’apprend dans des écoles de formation et/ou dans les organes de presse ? Ce métier, tomberait-il dans un « lieu commun », c’est-à-dire dans un amateurisme, qui ferait que tout individu possédant un téléphone portable, pourrait s’improviser « journaliste » ? Serait-il en mesure d’assumer ou pas, devant la société – en l’occurrence devant les tribunaux – la responsabilité sociale qui incombe au journaliste professionnel ?

Voilà-là, une question sociétale qui mérite d’être examinée, dans les meilleurs délais, pour ne pas laisser cette profession aller en vrille.

Un autre point – et pas des moindres, sinon le plus important – est celui de la propriété des grands outils de communication sociale que sont les chaînes de télévision, radio y compris internet : Tous, appartiennent à des capitaines d’industrie. Or, il est connu que, le capitalisme s’étouffe dans sa morne morve, lorsqu’il entend parler de philanthropie.

Sans faire des raccourcis olé-olé entre les crises d’asthme qui provoquent des spasmes au capitalisme sauvage et la préoccupation combien légitime de quelques rares journalistes salariés, mais aussi de ceux qui sont propriétaires de l’outil de production, il est de bon ton de saluer et d’encourager la vision socio-économique qui met en avant la valeur d’humanisme dans le traitement et le commerce de l’information.

Car pour le libéralisme économique débridé, le personnel des médias est embauché et travaille pour satisfaire la vision du propriétaire du média. S’il ne le fait pas, il dégage le plancher. En clair, il est viré.

Certes, en Occident, des tentatives de conquête de pouvoir médiatique et économique s’installe de mieux en mieux au travers des outils comme la « société des rédacteurs » où des journalistes, voire des lecteurs, prennent [achètent] des parts sociales dans le capital de l’entreprise dans laquelle ils prestent ou ont souscrit des abonnements pour se donner le pouvoir de décision et d’orientation de la politique et des objectifs de l’entreprise.

C’est un pouvoir assimilable à celui des administrateurs d’un Conseil d’administration. Le but, étant d’équilibrer les choix stratégiques de développement des entreprises de média, d’une part, et de « peser » suffisamment sur la qualité de traitement de l’information qui privilégie la « vérité » des faits sociaux tout en veillant aux signaux de la rentabilité économique de la société, d’autre part.

Bien que le choix de ce type de management et de tel modèle économique, soient encore balbutiants en Afrique, les Africains, quelle qu’en soit la strate sociale, doivent faire preuve d’inventivité dans leur imaginaire pour rêver éveillés d’un autre schéma de vie meilleur que celui qui a été pensé et qui leur a été imposé par les autres peuples.

Un autre possible, inspiré par les réalités et les expériences de vie africaines tant sur le continent que dans la diaspora. Certes, il ne saurait être question de paraître « borné » pour ne pas s’inspirer de ce qui a fait ses preuves ailleurs ; mais le leitmotiv, devrait être de pouvoir « domestiquer » le modèle étranger. En restant dans ce domaine des médias, les Africains, devraient profiter de la perturbation mondiale du moment qui rebat les cartes sur la table du grand Casino des relations internationales.

Il revient aux Africains continentaux et de la diaspora de s’inventer pour imaginer des stratégies novatrices qui permettraient aux décideurs (tous azimuts) d’anticiper le choix des meilleures cartes pour installer, véritablement, les bases d’un développement durable afin d’assurer un avenir meilleur à la jeunesse africaine et à celle qui prendront, indubitablement, les commandes des sociétés où elle est née.

Or, pour qu’une telle prise de conscience trouve un terreau fertile pour éclore et se consolider, il est nécessaire de concevoir des systèmes éducatifs performants. Car il ne peut en être autrement : En effet, seule une éducation de qualité, depuis l’école maternelle jusqu’à l’université, permet de former des citoyens et citoyennes compétents.

Ce sont eux qui sont capables de tirer un pays, une nation, un continent et le monde de l’avant. Ce sont ceux-là qui sont capables de créer des mécanismes de production de la richesse individuelle et collective en vue d’installer véritablement le vivre-ensemble dans un pays apaisé.

Michel Mboungou-Kiongo ancien DG de Télé Congo (1994-1997)

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