OPINION

Climat : les pays les plus pollueurs sous-estiment-ils leurs émissions ?

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Lors de la COP 26 qui s’est tenue en novembre 2021 dans la ville écossaise de Glasgow, une série de promesses d’action pour lutter contre le changement climatique ont été faites par les pays les plus pollueurs de la planète. Les engagements qu’ils ont pris lors de cet événement parrainé par les Nations unies, à savoir réduire les émissions de gaz tels que le méthane, le charbon et d’autres émissions, ainsi que mettre fin à la déforestation, visaient à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, ce qui est nécessaire pour protéger la planète.

A l’approche du prochain sommet, la COP27 qui se tiendra en novembre en Égypte, de nombreux experts et militants se demandent si des progrès ont été accomplis. En réalité, il s’agit de savoir si les engagements pris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont tenus ? Mais aussi, comment pouvons-nous surveiller les pays pollueurs ?

La principale méthode en matière de surveillance des émissions consiste à demander aux émetteurs combien ils ont émis. La plupart des entreprises dans le monde choisissent de ne pas faire de rapport. En outre, il faut parfois dix ans pour obtenir les informations de certains pays, qui sont alors dépassées. Depuis l’adoption de la convention des Nations unies sur le climat à Rio de Janeiro en 1992, 193 pays sont tenus de rendre compte de leurs émissions tous les deux ans aux Nations unies. Ces rapports sont supervisés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC. Mais certains scientifiques affirment que la procédure est parfois lente, dépassée et imprécise.

« Climate Trace », une coalition d’organisations à but non lucratif, d’universités et d’entreprises technologiques qui utilisent des satellites et d’autres technologies de télédétection se charge de suivre les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L’objectif est d’exploiter les données afin d’apporter plus de transparence aux rapports sur les émissions. Soutenu par l’ancien vice-président américain Al Gore et avec un budget annuel déclaré d’environ 10 millions de dollars, Climate Trace a été lancé en 2019 pour accomplir cette tâche. Le groupe dit avoir créé un moyen plus rapide de faire des estimations en quasi temps réel à partir des activités humaines dans environ 210 pays. Et ils combinent l’imagerie satellitaire et l’intelligence artificielle (IA) pour le faire.

Climate Trace utilise de nombreux satellites, comme le Sentinel 2 de l’Agence spatiale européenne, qui prend périodiquement des photos de chaque point de la Terre. Ces images sont mises gratuitement à la disposition du public. Ce que Climate Trace a fait, c’est former des algorithmes de l’IA pour les examiner et détecter celles qui correspondent à de très grandes sources de pollution. Par exemple, une centrale électrique émettant un énorme nuage de vapeur, ou une usine fabriquant de l’acier à des centaines de degrés. Une fois ces sites identifiés, il s’agit ensuite de calculer l’ampleur de l’émission.

L’IA fonctionne en formant des algorithmes qui peuvent correspondre avec succès à ce que l’on appelle les données de « vérité terrain », principalement des capteurs d’émissions entretenus par des tiers réputés, physiquement situés juste à côté des principales sources d’émission. Les algorithmes de l’IA additionnent ensuite ces mesures pour produire des estimations des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre dans le monde, ainsi que le total pour chaque pays et secteur.

Avec un budget plus faible, Carbon Monitor est un autre programme qui propose des mesures indépendantes sur les émissions, cette fois-ci à partir de données en ligne. Le groupe est dirigé par un Américain, un Chinois et un Français, et a été créé à l’origine pour comprendre l’impact sur l’environnement de la perturbation massive des activités humaines causée par la pandémie de Covid-19. Les scientifiques de Carbon Monitor expliquent que la disponibilité croissante de données d’activité régulièrement mises à jour leur permet de surveiller en permanence les émissions, réduisant ainsi le délai entre un moment de pollution et le moment où il est signalé. L’ensemble de données de Carbon Monitor couvre ce qu’ils décrivent comme la « chaîne du carbone », qui comprend quatre secteurs : l’électricité, l’industrie, le transport et la consommation résidentielle.

En analysant les données qu’ils ont commencé à recueillir alors qu’une grande partie du monde était obligée de rester chez elle, Climate Trace a constaté que certaines émissions étaient manifestement sous-estimées.

Boris Kharl Ebaka

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