POLITIQUE

Partenariat : le Japon augmente sa présence en Afrique par d’importants investissements

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L’intérêt que suscite l’Afrique pour diverses raisons aux investisseurs des pays industrialisés ne cesse de s’accroître. La Chine, l’Inde, les Etats-Unis, et le Japon, pour ne citer que ces Etats, entretiennent des rapports étroits avec le continent dans le but d’y développer leurs actions. Tokyo a, en ce qui le concerne, adopté une approche différente de celle des donateurs traditionnels, en ce sens qu’il prône un partenariat mutuel plutôt qu’une relation donateur-récipiendaire. Une politique qui a été réitérée lors de la dernière Conférence internationale sur le développement de l’Afrique (Ticad) tenue en août dernier à Tunis.

Dans le cadre de la coopération bilatérale obéissant elle-même aux principes de l’Agence japonaise de coopération internationale qui travaille au-delà du simple échange d’expertise technique, le Japon va investir 30 milliards de dollars sur trois ans en Afrique. Une enveloppe dont la nouvelle est bien accueillie par les décideurs des pays africains et autres acteurs de l’économie. Ces derniers souhaitent, par ailleurs, que le Japon qui n’a conclu aucun accord commercial avec les pays africains, le fasse pour dynamiser ce secteur. On sait néanmoins que quatre pays africains seulement (l’Egypte, le Maroc, l’Afrique du Sud et la Zambie) ont signé des conventions de double imposition avec le Japon. En ce qui concerne la protection des entreprises et des actifs, Tokyo a conclu des accords avec cinq pays africains, dont l’Egypte et le Kenya.

Pour le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, qui a fait l’annonce du financement suscité à la faveur de la dernière Ticad, son pays veut, par ce geste, donner « la priorité à une approche valorisant l’investissement humain et une croissance de qualité ». Ces fonds « privés et publics » devront être consacrés à « la promotion d’une économie verte » qui bénéficiera d’une enveloppe de 4 milliards de dollars, a-t-il indiqué. Et pour « améliorer la vie des Africains », jusqu’à 5 milliards de dollars cofinancés avec la Banque africaine de développement, dont un milliard pour « des restructurations de dettes » seront tout aussi fournis.

Pour ce faire, et soucieuses du développement du continent africain, les autorités nippones ne veulent pas que les gouvernements contractent de nouvelles dettes auprès des Etats tiers dans le cadre des Partenariats public-privé. C’est pour cela que le Japon se propose d’instaurer « un vrai partenariat » avec l’Afrique pour « un développement mené par les Africains », sans perdre des yeux la concurrence d’autres pays, dont la Chine qui est très bien implanté dans la région. Tokyo « entend fortement soutenir » ce genre de développement, indique le ministère japonais des Affaires étrangères sur son site.

Les aides japonaises à l’Afrique vont augmenter

Même si « l’Afrique concentre les contradictions de l’économie mondiale telles que les inégalités et les problèmes environnementaux, une croissance dynamique y est attendue, soutenue par une population jeune », assure le ministère.

Cette approche est soutenue par le président de la Jica, Akihiko Tanaka. « Le Japon peut apprendre de l’Afrique, tout comme les pays riches. Le Nord n’est plus le seul à fournir des solutions au Sud. Il devient rapidement insignifiant », souligne-t-il, en faisant remarquer que certains pays en développement, comme le Kenya, innovent selon des manières que les pays développés n’ont jamais envisagées. « Notre souhait est d’accentuer la coopération entre les peuples », explique Akihiko Tanaka qui a pris la direction de l’institution le 1er avril dernier. Cet ancien vice-président de l’Université de Tokyo a abondé en ces termes : « Il est important d’offrir de grandes sommes d’argent qui pourraient aider à la construction de routes, de barrages et de centrales électriques, mais en plus de cela, nous souhaiterions mettre l’accent sur le travail coopératif pour améliorer les conditions sanitaires, le travail coopératif pour améliorer l’éducation et le travail coopératif pour améliorer la production agricole ».

Selon le journal économique nippon Nikkei, les aides japonaises à l’Afrique pourraient augmenter de 40% pour les trois années à venir, par rapport à la période précédente (2020-2022). Le même quotidien relève qu’il s’agit « d’une réponse » de Tokyo aux Etats-Unis, à l’Europe et au grand rival chinois qui augmentent tous leur présence en Afrique. Ce qui s’avère nécessaire puisque les chantiers proposés par Tokyo rien qu’aux investisseurs privés africains dans le cadre de ce vaste programme, sont censés déboucher sur la création de près de 40.000 emplois.

« Le Japon veut faire de l’Afrique un partenaire et croître ensemble » à travers « des initiatives concrètes », a révélé un responsable du ministère japonais des Affaires étrangères, soulignant que « la diplomatie africaine du Japon pouvait être résumée en deux mots : appropriation et partenariat ». Une collaboration appréciée par les gouvernements africains : le président sénégalais, Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine, y voit un « partenariat de référence » avec le Japon, dont il salue des « résultats concrets dans l’agriculture, la santé, l’éducation, l’hydraulique ». Et souhaitant que la coopération bilatérale soit bénéfique à toutes les parties, le chef de l’Etat sénégalais a dit que l’Afrique qui dispose de 60% de terres arables, de ressources hydrauliques importantes et de main-d’œuvre ne peut que se réjouir d’un partenariat qui apporte de nouveaux investissements au continent.

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