OPINION

Réflexion d’un diplômé congolais qui a fini taximan

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« Respectant les préceptes de la vie, j’ai étudié pour acquérir certaines connaissances afin de m’en servir et, d’en faire profiter aux autres. Des longues nuits d’insomnies, des journées d’études interminables avaient eu raison de l’échec qui d’évidence ne serait pas mon compagnon d’avenir.

La réussite est au bout de l’effort dit-on ? J’en avais fourni assez…Dans mes pensées estudiantines, l’image des aînés ayant réussi dans la vie par le biais des études me hantait à tout moment. Je me voyais souvent à leur place et partageais un sourire à la nature comme pour dire j’y arriverai bientôt. Tout semblait s’accorder. Mon intelligence et mes notes scolaires ne pouvaient me réserver un futur obscur.

La vie est certes un parcours plein d’obstacles qu’il faille bien surmonter. Mais j’avais réussi à achever ma scolarité avec la mention «  très bien » à la plus grande fierté de ma famille et de mes proches. Tous, voyaient en moi un futur cadre exemplaire de la Nation. La rigueur qui me caractérisait légitimait cette ambition.

Le désir de servir mon pays m’animait tant que je prenais du plaisir à rêver sur les changements que j’allais opérer dans mon environnement immédiat. L’espoir était permis…

Hélas, depuis la fin de mes études, je ne sers à rien si ce n’est à conduire ce vilain taxi dont la propriétaire m’accuse chaque jour de voler la recette. Un travail accidentel, loin de mon rêve qui était celui de, trouver un travail digne à mon rang, former une famille et jouir des plaisirs de la vie dont je m’étais privé durant tout mon parcours scolaire.

Faudrait-il encore que je cherche un piston pouvant me placer quelque part comme il en est de coutume au Congo… Mais la peur de me voir dérouter vers des pratiques religieuses pas à mon goût me le décourage. Le pays nous a inculqué cette culture de tout attendre de lui et l’excellence ne faisant plus partie du comportement des Congolais où seuls priment les accointances familiales, mystico-religieuses etc. Les politiques d’emploi étant inexistantes, le secteur privé peinant à décoller à cause de la mauvaise foi de certains.

La politique pourtant requiert de la subtilité, et à mon sens, un grand homme politique est celui qui à son départ se réjouit de laisser un taux de chômage bas, et un niveau de vie acceptable. En un mot moins de misère et un peu d’éloges en sa faveur au sein de la population. Mais nos hommes politiques ont la manie de vouloir toujours être maudits par la population qui contrairement aux vertus Bantoues se réjouit de leur malheur et celui de leur famille, applaudissant même comme un goal leur mort.

Nombreux de mes collègues de classe qui brillaient par des notes en dessous de la moyenne, occupent aujourd’hui de hautes fonctions dans la sphère étatique du simple fait d’avoir un parent du bon côté de la barrière. Bien que connaissant mon patriotisme et mon niveau d’études ils ne veulent pas me donner un coup de main. Ils se contentent de me glisser de temps en temps quelques billets de banque et la promesse de me trouver un poste.

Chaque soir, quand je ramène le « Taxi » à ma patronne, la maîtresse d’un dignitaire, et qui me parait sans culture aucune, et d’un niveau d’études bien éloigné du mien, je me demande si tant d’années d’études et de privations valaient la peine ? Papa qui s’en est allé un peu tôt aurait pu me pistonner quelque part. L’envie d’émigrer me hante souvent l’esprit de peur de finir comme ce collègue qui a perdu la patience face au Mauritanien dont il gardait la boutique »

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